
- Immensité -
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Mardi Les marcheurs se lèvent effectivement très tôt (vers 5h00 du matin). Je les regarde du coin de l’œil, enfouie dans mon duvet. Environ deux heures plus tard, Yves, suivi de Pat et Tinours réapparaissent sur le pas de la porte. T…… (Tabernacle), le portage, repéré sur la carte, est introuvable, même avec les points GPS rentrés par Patrice hier. Les pauvres, ils ont fait une boucle pour rien. Après un café bien chaud, ils ressortent courageusement pour suivre l’itinéraire survolé en hélicoptère. Notre départ en traîneaux étant reporté, nous nous accordons un petit somme supplémentaire ; quelle chance ! [...] Le temps s’est mis au beau fixe, un soleil radieux nous accueille. Au programme, nous allons traverser une partie de la forêt pour atteindre le lac Albanel, et suivant l’heure, nous descendrons au sud le plus possible vers le lac Mistassini. Nous suivons les empreintes des marcheurs et arrivons sur un large chemin dans les bois. Inca boite, elle est blessée à la patte arrière gauche, une belle ampoule ; Conan a aussi une crevasse sous le pied et Miska a la peau brûlée à cause du frottement au niveau du harnais… Difficile de ne pas être distancée par Tony ce matin. Nous empruntons le sentier dans la forêt, je stresse un peu car je ne veux pas abîmer le traîneau et, ce matin, je n’ai pas beaucoup de force dans les bras pour éviter les épinettes. Je freine, je tire, la bâche racle contre les branches, mais je passe sans dégât. Nous essayons de repérer les rubans accrochés par les marcheurs, sensés nous guider entre les arbres. Nous abordons un endroit plus clairsemé ; nous faisons une pause, au bord d’un ruisseau, pour donner à boire aux chiens. Puis, nous reprenons notre progression en slalomant entre les sapins. Mon traîneau se renverse… Je pousse de toutes mes forces et laisse les chiens faire le reste. Impressionnants ces athlètes ! Et mon embarcation se remet sur ses deux patins. Un dernier passage délicat pour descendre sur la rive et nous parvenons au lac Albanel ! Ouf ! Répit pour les bras et les jambes. |
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Encore une étape historique : quinze Malamutes foulant cette immensité glacée. Nous sommes effectivement minuscules sur cette surface blanche qui s’étend à perte de vue. Nous apercevons déjà au loin les trois raquettistes que nous rejoignons assez rapidement. Pour la suite du parcours, nous allons les embarquer sur les traîneaux : Pat et Tinours avec Tony, et Yves avec moi. Comme le poids doit être en arrière, c’est Yves qui se met debout sur les patins. Et moi, je m’installe confortablement sur le chargement. Les chiens trottent moins vite, c’est dur pour eux avec des hommes en plus. À l’avant, Pat court à côté des attelages, un vrai triathlète ! Mon regard flânant sur les berges du lac, je m’accorde une petite sieste. |
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Nous avons bien avancé. Maintenant que nous avons traversé le lac Albanel, nous allons essayer de trouver un camp ou un emplacement pour bivouaquer. Tony repère quelque chose aux jumelles, un toit de chalet peut-être ? Nous nous rapprochons ; oui, c’est un camp ! Nous allons visiter l’intérieur, il faudra passer un bon coup de balai, mais ce cabanon ira très bien, nous épargnant ainsi le montage de la tente. Allez, installation ! Tout le monde s’y met pour attacher le câble, dételer nos compagnons, couper du bois, aller chercher de l’eau, etc. |
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Je m’isole derrière le campement pour admirer un magnifique coucher de soleil. Instant de calme, dans la Nature resplendissante qui me ressource profondément. A l’intérieur, les marcheurs préparent déjà leurs affaires pour demain car ils veulent encore partir très tôt. |
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Cette nuit, c’est Tinours le « préposé » au poêle, il a mis son matelas à côté et s’est fait une petite réserve de bois. A la lueur de ma frontale, j’écris un peu mon carnet de voyage. Je regarde le crépuscule par la fenêtre, mes yeux se ferment, mon esprit s’envole dans mon rêve québécois. |
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Mercredi La fatigue accumulée pendant le voyage commence à se faire ressentir, surtout le matin. J’entends les chiens aboyer, je vois Tony leur servir de la viande. Il faut qu’ils prennent des forces car une longue journée les attend. Après avoir rallumé le poêle, je mets de l’eau à chauffer pour notre café, indispensable pour me réveiller. Nous répartissons la charge entre nos traîneaux en fonction de la forme des chiens ; le mien sera moins pesant à cause des blessés. |
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Nous continuons de parcourir le lac Albanel en direction du Sud, puis arrivons au point GPS où nous devons bifurquer vers l’Ouest pour rejoindre le lac Mistassini. Un très beau passage que nous avions survolé en hélico, proche de l’eau, longeant la forêt. Nous suivons des traces de skidoos repérées en vol, sûrement des indiens Crees qui viennent chasser dans les environs. |
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Cette traversée dans les bois nous demande un dernier effort de maniement du traîneau. Mais, vu que nous sommes sur une trail de motoneige, les virages ne sont pas trop difficiles à prendre. La descente sur le lac se fait par un chemin entre les sapins, c’est splendide. Je n’ai pas le temps de sortir la caméra ni l’appareil photo ; de toute façon, j’ai besoin de mes deux mains pour conduire mon attelage. |
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Nous y sommes, nous avons réussi ! Nous sommes joyeux d’avoir accompli un des objectifs de l’expédition : se rendre sur l’immense lac Mistassini en traîneaux à chiens. C’est majestueux… Je devine à peine l’autre rive, je pourrais me croire sur la banquise, tellement la ligne d’horizon semble invisible derrière cette étendue blanche et infinie. Mes yeux s’enivrent de tant de beauté pure et cristalline. |
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Cela commence à faire longtemps que nous descendons cap au Sud et nous n’avons toujours pas retrouvé les marcheurs qui devaient couper plus bas, dans le bois, entre les deux lacs, pour sauver un bon 10 kilomètres de marche. Avec nos traîneaux, nous étions obligé de remonter un peu vers le Nord pour contourner une partie trop abrupte. Au supposé point de rendez-vous, nous ne voyons personne, pas même leurs traces. Le soleil décline, des inquiétudes naissent. Nous avons toutes leurs affaires, ils n’ont pas de duvets et sûrement peu de nourriture… Tony décide de faire le tour de ce chapelet d’îles et de remonter un bout pour essayer de trouver des signes de leur passage, quelque chose qui nous rassurerait… Notre boucle dure plus d’une heure (une douzaine de kilomètres environ), nous scrutons les berges, mais nous ne repérons rien. Nous réfléchissons aux éventuelles possibilités et décidons de repartir vers le Sud, en supposant qu’ils ont traversé plus bas. Puis, tout d’un coup, nous apercevons des silhouettes ! Ça ne peut être que nos trois équipiers, ouf, nous les avons retrouvés, ils ne dormiront pas dehors, sans sacs de couchage ! Nous sommes soulagés. En marchant à travers la forêt, ils ont dévié de leur route initiale et sont sortis sur le lac beaucoup plus au Sud que prévu. Nous nous sommes manqués de peu car ils sont arrivés sur la rive légèrement plus bas que nous. Chacun n’ayant pas vu les traces de l’autre. |
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Nous arrivons à l’endroit où les marcheurs s’étaient arrêtés, c’est un bon emplacement pour établir notre campement. Malheureusement, il n’y a pas de chalet en vue. Une grande discussion autour de la carte et des GPS commence pour organiser l’étape de demain. Mes coéquipiers aimeraient bien atteindre le village de Mistissini vendredi (au lieu de samedi comme programmé). Du coup, les marcheurs prévoient un départ à 2 heures du matin !! les fous ! Mais il faut bien ça, si l’équipe veut avaler les 60 kilomètres planifiés. Autre idée qui me plaît moins, ils ne veulent pas monter la tente pour leurs quelques heures de sommeil… Alors ça, ce n’est pas cool. Après une journée bien fatigante, je me serais bien mise au chaud sous la tente. En plus, un vent frais (faible, certes) nous souffle dans le cou. L’idée ne m’enchante guère, mais bon, je ne dis rien, face à quatre hommes… Je me dis que c’est une expérience de plus dans l’expédition, et une sacrée ! |
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Nous attaquons le rituel de l’installation. Après nous être occupés de nos amis à quatre pattes, nous déchargeons tout notre matériel. Certains vont scier du bois pour le feu pendant que les autres coupent des branchages qui vont nous servir de « matelas isolant ». |
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Un coucher de soleil d’une pureté exceptionnelle me soutient dans cette épreuve que j’appréhende et me réchauffe l’intérieur avant la nuit à la belle étoile. Je m’accorde un peu de repos pour aller prendre en photos cette magie de couleurs. C’est mon heure favorite de la journée et je ne veux pas passer outre. |
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Après le souper, nous mettons en place notre couchage collectif au pied du feu : d’abord le lit de branchages, recouvert par la bâche bleue, puis les matelas mousse et enfin nos duvets, tous côte à côte, à part Yves qui dort un peu plus loin. Je m’habille chaudement, tuque comprise, mon blouson en guise d’oreiller, et je m’engouffre dans mon duvet, les appareils (photo et vidéo) au fond du sac pour ne pas qu’ils gèlent. Eh, je suis bien finalement ! A l’abri du vent, nos « lits » sont bien isolés et moelleux. |
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Un spectacle de lumière scintille à nos pieds. Je m’émerveille devant les flammes grimpant vers le ciel et les aiguilles de sapin incandescentes s’envolant au vent, avec pour décor des milliers d’étoiles. J’hésite à prendre l’appareil photo pour immortaliser cette scène féerique, mais je suis bien enfouie dans mon sac de couchage et je n’ai pas envie de sortir le moindre petit bout de doigt. Tant pis… je garderai cet enchantement pour moi. Un début de nuit de toute beauté, même si, je te l’accorde Maman, c’est plus agréable sur le sable dans le désert. |
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