Sommaire du récit :

Avant

01 : Résistance

02 : Joie de Vivre

03 : Amis

04 : Equipe

05 : Rêve

06 : Immensité

07 : Bonheur Nature

Fin...

Contact

- Rêve -

 

Dimanche

A travers l’orifice prévu pour la cheminée du poêle, j’aperçois la forêt rosie par le soleil levant. Je me motive, je m’habille chaudement et prends la caméra et l’appareil photo. Dehors, il fait très « fret » (- 20°C), une délicieuse lumière m’accueille. Le ciel a une épaisseur de bleu infinie comme on n’en voit nulle part ailleurs. Une sorte de bleu plus pur, plus profond. Le panorama est splendide avec cette clarté merveilleuse. Je me régale à filmer la Nature immaculée ; un moment magique et silencieux. Je retourne à l’intérieur de la tente pour déjeuner et me réchauffer. Je ressortirai toute à l’heure pour prendre le départ des raquettistes.

[...] Bon, c’est l’heure de lever le camp. Avec les gestes précis de chargement des traîneaux et du pliage de la tente, mon corps se dérouille bien du repos de la nuit. Je déroule ma ligne de trait et la tends sur toute sa longueur. J’enfonce mon ancre dans la neige (comme une ancre de marin) ; opération indispensable à ce stade de la préparation pour éviter que l’un des Malamutes n’embarque les traîneaux avant même que nous finissions. Puis, un par un, je prends les harnais, « habille » mes compagnons et les amène à la ligne d’attelage. Une très belle journée de rêve commence, mais je ne le sais pas encore…

Heureux de retrouver le soleil, debout sur nos patins, nous glissons sur une agréable neige fraîche ; des paysages somptueux nous entourent. [...] Après environ une bonne heure, nous arrivons sur le lac Coursay. Fantastique… Je reste bouche bée, muette devant ce monde féerique, je baigne dans cette Nature envoûtante qui paralyse mon cerveau, qui m’enlève toute pensée. Juste admirer, le regard heureux, la mine réjouie.

De l’autre côté du lac, nous apercevons et rejoignons les trois marcheurs. A peine débarqués, nous entendons l’hélicoptère parti sur nos traces, pour tourner quelques vues aériennes ; quel timing ! Un petit tour d’approche et il se pose juste derrière les chiens qui ne s’affolent pas, se demandant juste quelle est cette grosse machine qui fait beaucoup de bruit !

Nous faisons la connaissance de Benoît Allard, le pilote et propriétaire de l’hélico, un sacré personnage ! Que de gens sympathiques rencontrés tout au long de cette expédition. Nous retrouvons également David et Michel, revenus avec lui. Après avoir conté nos dernières journées, nous mettons au point le parcours et le programme à suivre. Tony et Patrice partent en hélico repérer un passage pour les traîneaux jusqu’au camp des Gunner, en relevant des points GPS.

[...] Pat va conduire mon traîneau car il a les repères dans son GPS. Ça ne me dérange pas du tout, à la place, je gagne un tour en hélicoptère !! Benoît va nous emmener directement au camp (nous = Tinours, Yves et ma pomme). Que le rêve suprême commence ! J’abuse de mon « charme féminin » pour monter devant, à côté du pilote. Je suis comme une enfant ! Nous survolons la forêt, là où les traîneaux vont essayer de traverser, puis nous rejoignons la grande rivière Témiscamie que nous descendons un peu pour arriver au chalet des Gunner.

Voler au dessus du Québec enneigé... le bonheur absolu, mon rêve que je croyais inaccessible !… Comment vivre après cela ?!… En même temps que je me posais cette question, j’entendis dans le vent ce murmure : « c’est la possibilité de réaliser un rêve qui rend la Vie passionnante… ». Repensant à ce vol en hélicoptère, je ne le ressentis plus comme un aboutissement, mais comme un départ vers de nouveaux projets, de nouveaux rêves.

Nous atterrissons juste devant le camp. De gros cadenas barrent les portes. Nous démontons carrément les charnières pour entrer ! Original ! C’est comme ça par icitte !! La pièce unique est très grande et très propre. Il y a plein d’ustensiles pour la cuisine, de la vaisselle, du linge, bref, tout y est, il ne manque rien. Bienvenue chez les Gunner. Malheureusement, personne n’est là ; un indien de la famille devait peut-être venir à notre rencontre. Tant pis, elle aura lieu à notre arrivée au village de Mistissini, terme de notre aventure.

[...] L’après-midi s’écoule tranquillement ; avec Tinours, nous parlons de voyage tout en scrutant la rivière pour apercevoir les traîneaux approcher. 16h30, Tony et Pat arrivent. Quel ravage ! Tony a cassé son volant en butant dans un tronc, les bâches bleues sont toutes déchirées, la forêt a laissé des traces. Les traîneaux ont souffert et les hommes aussi ! Ils sont bien fatigués. J’ai vraiment tout gagné avec le vol en hélicoptère. Un câble (heureusement, le plus court) a disparu dans la bataille. C’est pas grave, nous allons nous débrouiller avec un seul, plus quelques cordes que nous attacherons à des arbres. Les chiens, eux aussi, ont l’air épuisé. Tout en déchargeant le matériel, Tony et Pat nous relatent leurs mésaventures.

Nous nous retrouvons tous ensemble dans ce camp spacieux, contents de partager la vie de l’expédition. L’ambiance est joyeuse. Nous planifions la suite du trajet. Il reste des parties boisées à franchir et vu les difficultés rencontrées cette après-midi, comment rejoindre le lac Albanel puis le lac Mistassini ? Benoît propose un repérage aérien à Tony, avec Pat pour son GPS. J’entrevois la possibilité de réaliser mon rêve une seconde fois.

Je joue sur le fait que je suis la seule fille de l’expédition pour attendrir le pilote, qui m’aime bien, et ose demander si il n’y aurait pas une petite place pour moi… Après un court temps de réflexion, il me dit : « embarque ». Yes, yes !! CARPE DIEM !! (Profite du jour présent). Un deuxième vol en hélico et quasiment au soleil couchant : Merci de m’offrir ce bonheur divin !... Cette expédition est vraiment extraordinaire pour moi. Je vis un rêve fabuleux, un rêve d’enfance, espéré depuis tant d’années : planer au-dessus des lacs enneigés, accompagnée en plus de québécois chaleureux. Quelle Vie ! Je me précipite sur mon appareil photo et je monte à l’arrière. Tony et Patrice s’installent à leur tour.

Je promène mon regard dans toutes les directions, tout en m’intéressant au repérage des passages délicats pour demain et après-demain. Ces lacs sont majestueux, infinis ! Nous allons être véritablement tout petits sur ces immensités blanches ! Je n’ose y penser. Pour l’instant, j’admire ces beautés vues du ciel. Le spectacle qui défile devant mes yeux écarquillés est tout simplement grandiose.

Je n’arrête pas de me répéter : « quel rêve je vis là ! » ; je songe à Alain, à Jean-Marc, à tous les « jaloux » que je vais faire à mon retour en France. Une jubilation extrême m’habite et elle n’est pas prête de me quitter.

Nous atterrissons juste à côté du chalet, le vol aura duré pas loin d’une heure.

Une soirée bien gaie commence. Je laisse jaser les hommes ensemble et sors contempler le coucher du soleil sur la majestueuse rivière Témiscamie. Pareil à une grosse orange, l’astre plonge lentement dans l’horizon, le bleu du ciel pâlit, alors que la forêt peu à peu s’assombrit. Je repense à cette journée au paradis…

Au milieu de la nuit, les chiens jappent anormalement, que se passe-t-il dehors ? Chamane s’est détaché, il a réussi à sortir la tête de son collier et se bagarre avec un autre chien. Après quelques coups de pied gentils (c’est la méthode !), j’arrive à les séparer et j’emmène Chamane. Dans le froid glacial, je récupère un collier étrangleur et le rattache à son piquet ; sacré toutou. Cette échappée nocturne me permet d’admirer la voie lactée, mais il fait vraiment trop froid pour apprécier les myriades d’étoiles. En rentrant dans le chalet, je remets quelques bûches dans le poêle et me replonge dans mon duvet bien au chaud.

Lundi

Aujourd’hui, nous restons au camp, tranquilles, pour laisser les Malamutes se reposer et guérir un peu leurs blessures. Il fait extrêmement beau, nous sommes bien, au bord de la rivière enneigée. Michel va tourner quelques images avec les raquettistes. En fin de matinée, Benoît, avec David et Michel, repart en hélicoptère. Vraiment très sympathique ce pilote.

Lecture, écriture, sieste, shampoing au soleil pour moi… Chacun vaque à ses occupations. Pat note sur la carte les points GPS, relevés hier. Yves prépare les crêpes pour le déjeuner de demain matin, car ils veulent partir très tôt. Tony trouve une nouvelle carte de la région sur une étagère. Il y est mentionné un portage (sentier pour transporter les canots), 2-3 kilomètres plus au nord.

Que faire ? Prendre le chemin prévu ou remonter voir le portage, qui nous permettrait de gagner le lac Albanel plus rapidement ? sachant que les chiens et les hommes progressent plus vite sur un lac. Tout le monde donne son avis et il est décidé d’essayer le portage, en espérant que les marcheurs le trouveront facilement. Après souper, nous écrivons un mot (que je traduirai en anglais) à l’attention des Gunner, déçus de ne pas avoir rencontré l’un d’entre eux.

Des couleurs sauvages et des lueurs étranges envahissent le ciel dans le jour finissant. Ce soir, une magnifique aurore boréale vient nous bercer, montant jusqu’au zénith. En mouvement continuel, elle dessine des formes sinueuses, je crois deviner un aigle. À l’Ouest, la lumière verte et étonnamment vive danse sur la cime des épinettes. Je suis heureuse de redécouvrir ce spectacle magique.

 

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