Sommaire du récit :

Avant

01 : Résistance

02 : Joie de Vivre

03 : Amis

04 : Equipe

05 : Rêve

06 : Immensité

07 : Bonheur Nature

Fin...

Contact

- Equipe -

 

Vendredi

Encore une très bonne nuit où tout mon être se remplit d’énergie pour vivre passionnément l’étape à venir. Aujourd’hui, je me lève en même temps que les trois marcheurs pour préparer leur déjeuner pendant qu’ils finissent de ranger leurs affaires. Je trouve sympa de partager le début de matinée avec eux.

Vers 7 heures, Pat, Tinours et Yves s’en vont faire la trace. La neige est bonne, bien dure ; au départ, ils n’ont pas besoin de raquettes car ils devraient suivre une trail (piste) de skidoo. Avec Tony, nous disposons d’un peu de temps, en particulier pour nettoyer le camp, afin de ne pas rattraper trop vite les ouvreurs. C’est l’occasion pour moi d’écrire mon récit au calme.

10 heures, c’est à notre tour de quitter le lac à l’Eau Froide. Nous ressentons l’absence des motoneiges qui nous soulageaient de quelques sacs : nos traîneaux deviennent extrêmement chargés ! Puis, nous nous occupons des chiens. Ce matin, je ne les sens pas très enthousiastes. En tout cas, ils restent bien calmes quand j’enfile leur harnais et que je les emmène à la ligne d’attelage.

Premier passage délicat entre les arbres. Mon traîneau est très lourd pour mes petits bras et mon poids (« je ne suis pas assez pesante »). Les virages sont durs à prendre, je dois freiner fort, me bloquer dans les troncs d’épinette, descendre pour remettre l’avant dans le chemin et repartir, avant de casser de nouvelles branches quelques mètres plus loin. Epuisant et dangereux pour le traîneau, il ne faudrait pas le briser ! Là, j’atteins mes limites… moi, le petit bout de femme montrant que sa force physique n’est certes pas l’égal de celle d’un robuste québécois.

Le ciel se couvre, le vent se lève et la neige commence à tomber. Une fois de plus, l’environnement est magique, la sensation de glisse sur la belle neige fraîche est merveilleuse et les chiens avancent finalement très bien. Nous longeons de petits vallons à travers la forêt. Les gros flocons de neige atténuent les sons ; la Nature nous emmitoufle dans son manteau blanc. Les journées se suivent, mais ne se ressemblent pas ; une atmosphère nouvelle, unique, nous accueille chaque matin.

Nous rejoignons les trois marcheurs. Tout va bien. Nous vérifions notre trajet sur la carte et au GPS. Il est décidé que nous poursuivrons notre progression en traîneaux tandis que Yves, Pat et Tinours resteront marcher à l’arrière. Le vent continue de souffler de travers effaçant les traces de skidoo. Il devient difficile de les suivre ; nous devinons un chemin que nous empruntons. Nous arrivons à l’endroit où nous devons camper. Vu l’heure (13 h), Tony décide de continuer un peu plus loin car normalement, il devrait y avoir un chalet dans les environs, vers le Lac Témiscamie. Ce serait plus agréable pour la journée de repos, prévue demain.

Devant moi se trouvent des paysages à la fois mystérieux et sages, une Nature si vaste et si pure. Comme d’habitude, les superlatifs vont me faire défaut pour décrire toute cette belle région que nous traversons. Comment traduire toutes ces émotions, tous ces instants de vie intense, tout ce bonheur qui m’habitent ?... les mots me manquent. Au bout d’un certain temps, malheureusement, nous perdons la piste sous la neige fraîchement tombée.

Demi-tour ! Nous reprenons nos traces quelques minutes, puis tournons à gauche pour choisir un bel emplacement pour le bivouac, au bord d’un lac (pour avoir un accès à l’eau). Pendant que Tony vide son traîneau, j’installe le câble et attache vite les six chiens de mon attelage. Le but du jeu, c’est que Tony va repartir chercher les trois raquettistes et il ne faut pas que mes chiens courent derrière lui.

En avant pour la préparation du camp. Voyons… vu le vent qui s’est nettement calmé, l’emplacement de la tente pourrait se situer ici et nous pourrions mettre le feu de ce côté. Bien, il faut que j’aille couper du bois pour le poêle (sous la tente) et pour notre souper. La vraie Vie dans les bois que j’apprécie plus que tout. Plongée dans le silence, seule, je m’occupe du campement. Encore un aspect de l’expédition que j’espérais et que je vis pleinement. Allez, je vais essayer de ramasser beaucoup de bois pour faire plaisir aux garçons. Comme outils, une petite scie et une hache. Je choisis des épinettes à ma portée, pas trop petites quand même pour obtenir de belles bûches. Après plus d'une heure à scier du bois, une petite pause s’impose, je commence à ne plus avoir de bras.

Tiens, justement les voilà de retour. Tous ensemble, nous continuons l’installation du camp. Pour le montage de la tente, il faut un tronc (d’épinette) en guise de mât central ; attacher et tendre les cordes aux arbres environnants et mettre de la neige au pied de la toile pour l’isolation thermique. Couper encore du bois, aller chercher de l’eau (j’avais repéré un trou accessible au bord du lac), finir de s’occuper des chiens… une vraie vie de bivouac où tout le monde participe et que je filmerais bien. Mais ça m’embêterait beaucoup de m’arrêter de travailler pour prendre la caméra et laisser les autres faire tout le boulot, car c’est bien physique tout de même.

Les discussions sur le programme de demain reprennent, cartes et GPS sortis. Puis, c’est l’heure de la radio HF. Un vrai sketch qui commence à nous tanner, plus qu’à nous faire rire. Je vais m’occuper des Malamutes (brosser leur pelage, vérifier leurs pattes, leur donner à boire) ; plus tard, Tony ira leur donner à manger.

Nous rangeons les dernières bûches à l’intérieur, sous la tente, la soupe chauffe sur le feu à l’extérieur. Le plus gros et le plus dur de la besogne sont terminés. Un bon repas comme récompense et tout le monde va au lit. Pendant la nuit, j’essaye de filmer le poêle et Tony alimentant le feu. Il fait sombre, je ne sais pas ce que ça va donner, je verrai bien plus tard.

Samedi

Tony décide d’une journée de repos pour les chiens. La pluie du premier jour a laissé des traces. Quelques-uns ont la peau irritée au niveau du harnais (surtout Sawyer, Miska et Alouk) ; d’autres ont des ampoules et des crevasses sous les pattes (provoquant des saignements comme Eliote).

Pat et Yves partent en reconnaissance pour l’étape de demain. Nous devons rencontrer un indien Cree, mais les infos de localisation ne sont pas très précises… Lac Témiscamie ? Lac Coursay ? Un ruban et une piste sont supposés nous guider ! Le temps se couvre et la neige commence à tomber. Nous sommes bien au chaud sous la tente pendant que Pat et Yves doivent marcher avec leurs raquettes (Tinours est resté au campement pour reposer son genou).

Les flocons volant dans le ciel sont bien gros maintenant. Je m’équipe et sors pour filmer et prendre des photos des chiens endormis, blottis, totalement enfouis sous la neige. J’aime beaucoup ce climat de neige intense où les bruits sont assourdis, cette ambiance feutrée. Mes pas s’impriment dans cette poudre blanche et j’entends la neige couiner comme un vieux plancher. Je ne peux que m’incliner devant la force de ce paysage glacé qui s’imprègne dans mon cœur…

Tony est parti sur la colline attendant l’appel de Pat à la radio (j’imagine ses questions et ses inquiétudes pour son cousin, avec cette météo difficile effaçant toute trace). Je le vois revenir, sorti de la tempête de neige, image presque surnaturelle. Nous rentrons nous réchauffer sous la tente. Pat appelle à la radio, ils sont sur le retour et ils n’ont pas trouvé d’indice concernant l’indien Cree… Discussions sur le plan B : tracé direct vers le lac Coursay sans passer par le lac Témiscamie. Au moins la reconnaissance aura servi à cela.

Avec Tinours, nous repartons faire du bois pour le poêle et le souper qui promet d’être succulent : grosse pièce de viande boucanée avec purée de pommes de terre. Puis, je vais chercher de l’eau pour donner à boire aux chiens. En même temps, je surveille le feu pour la viande. A part la neige qui commence à me tremper, je suis bien, je vis le quotidien de l’expédition, quelles que soient les conditions, quelle que soit la participation des autres dans les tâches diverses, seule et en équipe dans cette aventure extraordinaire.

Le souper est prêt. Tony est autant boucané, enfumé que la viande ! descendant régulièrement dans le trou du feu pour la retourner et préparer la purée. Un bon coup de vent arrive (quasiment du blizzard), vite, tous à l’intérieur pour manger, bien au chaud, bien au sec. Nous rigolons bien, prenant avec humour les aléas de notre progression ; dire qu’il fait beau et chaud à Girardville !

 

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