Sommaire du récit :

Avant

01 : Résistance

02 : Joie de Vivre

03 : Amis

04 : Equipe

05 : Rêve

06 : Immensité

07 : Bonheur Nature

Fin...

Contact

- Amis -

 

Mercredi

Un bon réveil en douceur dans ce petit camp. Je découvre la Chute Blanche à la lumière matinale. Dehors, Tony fait des crêpes sur le feu ; avec du sirop d’érable, c’est un délice. Je retrouve l’ambiance des bivouacs dans la Nature. Un moment calme que j’apprécie tout particulièrement.

La vaisselle finie, nous rangeons les sacs et disposons les traîneaux en vue du départ ; une bonne répartition des tâches s’installe avec Tony. Pendant ce temps là, Pat, Tinours et Yves s’équipent pour partir en raquettes. Tandis que nous nous occupons des chiens, Denis et Michel s’en vont en skidoo pour élargir la piste dans la forêt en tronçonnant quelques épinettes. Nous remontons le passage difficile (ça passe mieux, j’ai plus de forces), puis nous descendons la route en terre, et arrivons enfin au chemin enneigé. Quels efforts pour commencer la journée !

Les nuages sont à nouveau présents, la neige commence à tomber. Infinitude de ce Grand Nord, de cette forêt, de cette neige, symphonie en noir et blanc. Pourquoi ces paysages dénudés, dénués de couleurs m’attirent autant ? J’ai tellement l’impression de leur ressembler, comme si c’était moi… Méditation sur la solitude… Admirer ce Québec, en glissant sur mon traîneau, sans bruit, quelle que soit la météo, soleil, nuages ou tempête de neige, c’est mon bonheur.

Au loin, nous apercevons de la fumée. Ce doit être les motoneigistes et les marcheurs (Marco, le frère de Mario nous a rejoint pour la journée). Quel beau feu pour le dîner, hein Harold ?! Encore un bon moment de plaisir, de rires, entre nous, au bord de la rivière.

Nous repartons à travers le bois. En silence, j’admire mes compagnons de voyage haletant, j’en profite pour écrire (j’essaye, c’est pas évident à l’arrière du traîneau). De temps en temps, nous apercevons Michel en train de nous filmer. Nous sortons de la forêt et arrivons sur une sorte de grand plateau parsemé de collines. Mon regard se perd vers la ligne d’horizon qui m’échappe derrière l’étendue immaculée.

Tranquillement, les kilomètres défilent. Je fredonne des chansons pendant que je vois Tony téléphoner (par satellite). Quel coureur des bois moderne ! Je me laisse guider, heureuse, ma tête vogue à son gré. Et je suis loin de m’ennuyer. Un paradoxe ? Non, simplement ce que je suis venue chercher. Puis, mon esprit s’envole vers ma famille. Je pense à Françoise, à Gérard mon parrain, à la tristesse de Maman… Moi qui n’aime pas parler de santé, quelle saloperie ces maladies !...

Nous croisons Denis et Michel qui rentrent au village, ils sont impressionnés par notre progression : il ne reste plus que 7,2 kilomètres au compteur du skidoo. Ils avancent si bien nos beaux Malamutes, dans l’air frais de fin d’après-midi. 18h30, nous arrivons au campement, au pont du Kilomètre 166, au bord du chemin forestier. Mario, Harold et les trois marcheurs sont eux aussi étonnés de nous voir si tôt. Tony est fier de ses Malamutes endurants et performants. Je vais caresser chacun des chiens de mon attelage en les remerciant pour cette magnifique journée. Les détacher de la ligne, les emmener au câble, enlever leur harnais… des moments de partage, de communion avec mes amis que j’affectionne.

Une agréable soirée autour du feu commence, où la bonne humeur et les franches rigolades sont de rigueur. Merci Mario, Harold, Tony et tout le monde ! vraiment une sympathique équipe de joyeux lurons ! Deux « voisins » de passage arrivent en pick-up ; l’expédition fait jaser dans la région. Puis, les garçons vont se coucher sous la tente arctique ; moi, je reste veiller un peu, auprès du feu, avec Harold et Mario. J’adore cette Vie dans la Nature.

J’admire un ciel étoilé de toute beauté. Au dessus des cimes des épinettes noires, la voûte céleste est d’une pureté éclatante. Je repère ma constellation 34 ; juste à côté une étoile filante traverse la nuit !... C’est ti pas un signe, ça ?! Je rejoins mon « lit » sous la tente. Une ambiance feutrée m’accueille, avec le poêle qui crépite grâce à Tony qui remet régulièrement du bois. Je prends mes marques, des souvenirs pour pouvoir filmer cette belle scène (une prochaine fois).

 

Jeudi

Ma première nuit sous une tente arctique fut très bonne, près du poêle. Je me réveille doucement, les trois raquettistes sont déjà levés. Nous ne partons pas ensemble car les hommes marchent moins vite que les chiens ne trottent. Ce matin, il fait très froid. Les sacs, laissés dehors, sont couverts de gelée blanche. Un café bien chaud et nous continuons de ranger nos affaires et de rassembler tout le matériel près des traîneaux. Après, nous nous accordons un bon déjeuner québécois (œufs, bacon, pommes de terre restées d’hier soir, et toasts grillés au feu de bois). Mais, comme la température est très basse (aux alentours de – 20° C au petit matin), il faut décongeler les œufs, au feu doux dans un poêlon, avant de pouvoir les cuisiner !

Mario et Harold, qui devaient rentrer aujourd’hui à Girardville, ont finalement décidé de nous suivre jusqu’au lac à l’Eau Froide. Avec Tony, nous sommes ravis. Ces deux québécois sont d’une disponibilité exemplaire, toujours prêts à nous rendre service, sans compter leur temps. Et c’est dans une bonne humeur partagée que nous allons quitter le campement.

Les chiens, habitués à dormir dehors dans le froid, se réveillent tranquillement avec les premiers rayons du soleil. Boules de poils encore lovées dans leur propre chaleur. Leurs têtes seules dépassent, ils nous regardent nous activer, jusqu’à ce que j’aille vers eux pour enfiler à chacun son beau harnais. Alors, ils dressent les oreilles et se lèvent sur leurs pattes. Lorsque nous sommes prêts pour le départ, ils aboient et tirent déjà sur la ligne d’attelage, tout joyeux de s’élancer pour une nouvelle journée. Je dois mettre les deux pieds sur le frein pour maintenir mon embarcation à l’arrêt. Tony donne le signal et c’est parti. La neige est idéale pour les chiens avec une bonne croûte bien dure. Le soleil brille et nous réchauffe, toute l’équipe est heureuse (les hommes et les animaux).

Après une première montée bien raide, nous rejoignons la route forestière enneigée, vers le kilomètre 170. Les Malamutes courent à une allure étonnante. Encore une journée merveilleuse qui commence. Les chiens prennent leur vitesse de croisière (en moyenne 13-15 Km/h). Je m’amuse à les filmer, à prendre plein de photos sous le ciel bleu qui nous accompagne. Mario et Harold nous dépassent ; ils partent en avant pour trouver un endroit sympa pour ce midi. Puis, c’est à notre tour de rattraper Tinours, Pat et Yves. Eux aussi ont vu les motoneigistes qui vont bientôt revenir les chercher. Nous nous donnons rendez-vous dans une petite heure pour le dîner.

Harold s’est arrêté au bord du chemin, il a repéré un ruisseau accessible pour pouvoir donner à boire aux chiens. C’est l’occasion de faire une pause. J’en profite pour réaliser des gros plans (vidéo et photos) de nos compagnons de voyage, tout en passant la gamelle d’eau à chacun.

Nous rejoignons ensuite le reste de l’équipe pour le casse-croûte. Une bonne soupe et la fin de l’orignal canné ; comme d’habitude, nous nous délectons. Les rires sont omniprésents, des instants de vie de groupe, uniques, que personne ne nous volera et qui font tant de bien au cœur. Des rapports humains vrais, sans calculs, d’égal à égal, qui tranchent avec les comportements dans le monde de la compétition effrénée.

Avec Tony, nous repartons en traîneaux. Il reste encore une bonne distance à parcourir jusqu’au lac à l’Eau Froide (le camp est au nord du lac). Nous continuons de remonter le beau chemin dans les bois. Les skidoos, avec les marcheurs en passagers, nous dépassent à nouveau. Kilomètre 207, nous bifurquons à gauche et retrouvons une nouvelle grande « route » à travers la forêt, construite à priori pour évacuer le bois brûlé par les incendies.

La neige est bien marquée par le passage des motoneiges. Le problème, c’est que nos traîneaux sont plus larges que les machines et nous cognons d’un patin à l’autre. Comme la neige est bien dure, Tony sort ses chiens de la piste pour progresser à côté. Mais que d’efforts pour guider Cody, son chien de tête, et le garder en dehors des traces, les chiens étant habitués à les suivre. Tant pis, nous nous remettons dans le sentier creusé.

Un peu plus tard, nous apercevons les trois raquettistes sans les skidoos. En fait, Mario et Harold sont aller voir plus loin pour choisir le meilleur endroit pour descendre sur le lac que nous découvrons en contrebas.

Le spectacle est grandiose à la lumière flamboyante de fin de journée. Je me dépêche de sortir la caméra, c’est tellement magnifique. Tony se retourne, heureux de voir que je suis en train de filmer ; il avait eu la même idée. La descente sur le lac est magique, un moment divin. Tony s’arrête, un large sourire se dessine dans son regard, fier d’être rendu là avec ses chiens. C’est une première historique depuis Pierre Doucet (dans les années trente).

Mario est venu à notre rencontre, nous fêtons l’événement en buvant une petite gorgée alcoolisée. Nous traversons le lac dans sa longueur, je prends plein de photos en essayant de faire des panoramas pour dépeindre cette immensité blanche.

Nous arrivons de l’autre côté, à un camp d’indiens Crees (ou Cris), utilisé pour la chasse et la pêche. Quelques « maisons », chalets uni-pièce d’un très bon confort où nous allons passer la nuit. Il est de coutume dans la région de laisser les campements ouverts, à la disposition du voyageur de passage.

Le soleil est déjà bas dans le ciel, Mario et Harold doivent repartir…

Quels joyeux compagnons nous avions là ! Tony et toute l’équipe les remercient infiniment pour leur aide spontanée, leur générosité. Quelle richesse d’avoir rencontré ces québécois au grand cœur. Tristes au revoir… Plus tard, nous apprendrons qu’ils sont arrivés à Girardville à 4 heures du matin !!

Tony soigne les chiens, il faut vérifier leurs pattes et mettre de la pommade si nécessaire pour prévenir les blessures (comme pour les ampoules aux pieds des marcheurs !). Pendant ce temps-là, nous installons la radio HF et Pat essaye de communiquer les coordonnées de notre position à un suiveur passionné, basé à Chicoutimi. C’est assez épique car la qualité de la transmission n’est pas très bonne. Au moins, ça nous fait bien rigoler.

Je retourne sur le lac pour admirer un très beau coucher de soleil. Mille mercis de me faire vivre cette aventure passionnante.

Puis, nous profitons d’être dans un camp pour nous laver, avec une bassine d’eau chaude et du savon. Ça fait du bien de se décrasser un peu. La soirée est l’occasion d’une grande discussion entre nous, une sorte de briefing. Car demain, l’expédition à cinq commence vraiment…

 

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