Sommaire du récit :

Avant

01 : Résistance

02 : Joie de Vivre

03 : Amis

04 : Equipe

05 : Rêve

06 : Immensité

07 : Bonheur Nature

Fin...

Contact

- Résistance -

 

Dimanche

La nuit a été assez agitée. L’excitation du départ a un peu troublé mon sommeil. [...] Dans la pénombre, nous chargeons le van avec tous nos sacs. 7 heures, il est temps de partir au village pour le déjeuner des coureurs des bois, organisé pour fêter le départ de l’expédition. J’ai comme une sorte de trac vis-à-vis de l’équipe, des trois gars de Girardville. Quel regard vont-ils porter sur moi, la petite française qui embarque avec eux autres ?... Nous arrivons au restaurant. Finalement, ma fatigue et le brouillard qui enveloppe mon esprit transforment cette « épreuve » en un assez agréable moment. Mais, il y a quand même beaucoup de bruit pour moi, j’ai besoin d’aller prendre l’air.

Malheureusement, la météo n’est vraiment pas avec nous. Il fait un peu chaud pour les chiens, mais surtout (et du coup), il pleut et pas qu’un peu ! Ce n’est vraiment pas agréable. Heureusement, il y a un podium construit pour l’occasion où nous pouvons nous abriter. [...] Je suis impressionnée par le nombre de personnes venues assister au départ. Quand je vois tout ce monde, sous la pluie, dans le froid, je commence à être fière de participer à cette aventure. C’est un véritable événement ici et je réalise soudain l’impact de cette expédition à Girardville.

Les chiens arrivent, amenés par Caro et Fred. Que le spectacle commence ! Nous débarquons les traîneaux. Fred prépare les lignes, pendant qu’avec Tony, nous répartissons les charges entre les deux attelages. À côté, Janic et Caro attachent les chiens au câble (tendu entre deux poteaux). Ça y est, l’expédition commence à prendre de l’allure !

C’est l’heure de la bénédiction par le curé du village (passé historique original en terme de religion : le schisme de Girardville. Dans les années trente, cette petite municipalité a été le lieu d’une rupture de l’union de l’Eglise catholique, due à une divergence d’opinions concernant l’emplacement de la nouvelle église. Actuellement, les deux communautés - les Catholiques et les Evangélistes (protestants) - cohabitent).

[...] Puis, nous montons tous les cinq sur le podium pour la présentation de l’équipe, effectuée par David. Tony, le musher de l’expédition, à l’origine du projet ; les trois raquettistes : Eric, dit Tinours, Patrice et Yves ; et ma pomme, la petite française. Un instant très sympa, plein d’humour, qui finit de me réveiller.

Nous traversons la « foule en délire ». Plein de gens me serrent la main, en me souhaitant bon voyage. Finalement, serait-il facile de s’intégrer dans un lointain village québécois ? En tout cas, dans ces circonstances là, oui !

[...] Les attelages sont parés, je vais m’installer sur le frein de mon traîneau. J’enlève l’ancre, et nous voilà partis sous la pluie battante. Quel instant magique ! Je me retourne et vois la foule nous saluant. J’ai de la chaleur dans le cœur, je suis heureuse… Quel bonheur d’être sur les patins à l’arrière du traîneau !... Nous nous enfonçons dans un petit bois, en sachant qu’une très belle aventure vient de commencer (j’arrive presque à faire abstraction de la pluie).

Malgré la trace du skidoo dans la neige fraîche, Tony a de la misère avec son traîneau dans les virages. Plusieurs fois, il est à la limite de se renverser. Voyant cela de derrière, j’appréhende ces passages. Je fais contrepoids de tout mon corps en appuyant bien fort sur le patin. Le traîneau chargé penche, mais ça passe. Un moment dans un virage, il s’enfonce dans la neige. C’était moins une que tout se renverse ! Je saute des patins pour l’empêcher de basculer. C’est bon, il ne bouge plus, mais... tellement plus que je n’arrive pas à le sortir d’un pouce. La seule solution, pousser au maximum le traîneau et laisser les chiens développer toute leur puissance. Mes six amis tirent, leur harnais marque leur beau pelage, et petit à petit, le traîneau avance et finalement reprend sa route. Mon Dieu, quelle force ! J’ai un immense respect pour ces beaux Malamutes, et je sais qu’ils se donneront toujours à fond dans l’effort. Quelle assurance pour l’expédition.

Puis, nous rejoignons la rivière où trois girardvillois en motoneige nous attendent pour faire la trace et choisir la meilleure trajectoire. Par endroit, la rivière est déjà bien ouverte (nous voyons l’eau couler). Avec la pluie, la neige est bien « lourde » et s’est transformée en « slush ». Les conditions sont vraiment dures, et pour les chiens, et pour nous, les hommes, qui devenons vite bien détrempés.

Tester ses limites, effleurer le dépassement de soi… je ne pensais pas rencontrer tout cela dès le premier jour, dès les premières heures de l’expédition ! Je suis dedans, nous y sommes et nous y arriverons !

[...] Une partie vraiment difficile s’annonce. Après un petit dévers, je vois les chiens de Tony plonger littéralement dans la rivière ! Neuf chiens en train de nager ! Quelle image impressionnante ! Tony, lui aussi, est dans l’eau en train de pousser le traîneau. Je n’ai pas le temps de sortir la vidéo (ou l’appareil photo). De toute façon, je regarde, j’analyse les gestes et la trace pour ne pas faire d’erreur quand ça sera mon tour de passer. Les chiens, eux aussi, regardent leur maître, certains jappant, « anxieux » de voir Tony s’éloigner. Les deux pieds sur le frein, je demande à Eliote d’attendre.

OK, je peux y aller… Bien déterminés à rejoindre les autres, les chiens plongent à leur tour dans l’eau mélangée de neige. Je n’arrête pas de les encourager. Ils s’affolent un peu essayant de retrouver un sol plus dur. Je guide Eliote  (Aw ! A gauche !) pour rejoindre les traces du premier traîneau et leur offrir une neige plus consistante. De nouveau, ils unissent leur effort et sortent rapidement de ce mauvais passage. Pendant tout ce temps, j’avais les jambes dans l’eau pour pousser le traîneau (comme une trottinette).

[...] Nous continuons notre progression. Mes bottes se sont bien remplies d’eau. Ça ne serait pas trop grave si je ne commençais pas à avoir froid aux orteils. La pluie continue de tomber et nous sommes trempés de la tête aux pieds. Je commence aussi à ressentir mon manque de sommeil, dans ces conditions, pas extrêmes, mais difficiles à supporter. A peine partis et je me dis qu’il va falloir bientôt puiser dans les réserves ! Dur, dur !

[...] David et Michel nous rejoignent au milieu de la rivière, pour filmer et faire le point. Ils discutent pour savoir si nous nous arrêtons ou si nous continuons encore un bout, tellement les conditions sont exécrables, tant au niveau de l’état de la neige (et de la rivière) pour les chiens qu’au niveau de la pluie pour les hommes. En plus, nous sommes partis de Girardville avec quasiment deux heures de retard sur le planning, et vu notre vitesse de progression, nous ne sommes pas rendus à l’auberge de Ticul (au Km 46). Tony finalement aimerait pousser jusqu’au Km 25. Et nous voilà repartis !

La rivière est un peu meilleure, mais pas pour longtemps ; de nouveau, ça se gâte. Les hommes en motoneige essayent plusieurs chemins. Nous longeons le bord de la rivière, je dois faire contrepoids sur un seul patin pour ne pas faire glisser et renverser toutes nos affaires. Je force, j’appuie, mais le traîneau penche, penche et se bloque. Tout en les aidant de mon mieux, je donne l'ordre aux chiens d'avancer. Le traîneau bouge un peu, mais il glisse dans la pente. Je tire de toutes mes forces, je sens les muscles de mes bras s’étendre, mais ce qui devait arriver arriva… il  se renverse. Tony, à une trentaine de mètres devant moi, appelle ses chums en skidoo pour qu’ils viennent m’aider. Vraiment sympas, ils s’y mettent à deux, et, associés à la force des chiens, nous réussissons à replacer le traîneau sur ses patins. Quelle première journée, riche en émotions et en efforts physiques !! Petite pause au bord d’une cascade glacée.

Et nous continuons de slalomer sur la rivière en cherchant la meilleure neige pour les chiens. Finalement, nous rejoignons le bord (gauche) et continuons notre progression difficile. Nous sommes donc en dévers. J’ai l’impression de faire de la planche à voile, mais sans harnais (penchée sur un patin tenant à bout de bras le « volant » du traîneau). Je commence à ne plus avoir de bras, mais, voyant les six chiens, eux aussi puiser dans leurs réserves, donnant tout ce qu’ils ont dans leur harnais, je ne peux que les aider, tout faire pour que le traîneau ne verse pas, et moi aussi, leur offrir tout ce qu’il reste dans mes petits muscles. J’entends Tony parler à la radio (talkie-walkie) disant que nous allons finalement nous arrêter au Km 15. Ça m’aide encore plus pour jeter mes dernières forces dans la conduite du traîneau et pour entraîner mes fidèles compagnons à quatre pattes. Je les admire, tellement fière de partager cette belle aventure et ces difficultés avec eux. Je sens une complicité naître. Eliote, mon chien de tête, se retourne, commençant à réagir à mes ordres. Quel plaisir.

La remontée sur la route forestière, où David et Michel nous attendent, exige un dernier effort. Encore essoufflée, Michel recueille mes premières impressions de voyage. Puis, tout le monde participe pour mettre les chiens dans leur niche et poser les traîneaux sur la remorque. Transfert jusqu’à l’auberge (en van) dans la bonne humeur.

Et les trois raquettistes ? Ils n’ont fait que 2-3 Km sur la rivière, puis sagement, ils sont remontés sur le chemin pour marcher (sur la terre, nous repérons leurs traces).

Une très bonne fin de journée en compagnie des motoneigistes, venus se sécher avec nous à l’auberge, où Ticul nous accueille dans la gaieté, habituelle chez lui.

 

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