Septembre - Octobre 2005



A l'automne, toute la vie du village tourne autour de la chasse à l'Orignal. Et c'est avec une grande joie que je vais découvrir tout cet univers, grâce à Tony et un de ses amis, Erick. Dans la région, la chasse à l'orignal, c'est sacré ! A Girardville, tous les hommes possèdent un camp dans la forêt. Et quand le jour j arrive, le village se vide de ses chasseurs passionnés.
Au Québec, il y a plusieurs dates d'ouverture de la chasse à l'orignal. Tout d'abord, vers la mi-septembre, c'est la chasse à l'arc ; puis, une semaine plus tard, c'est la chasse au fusil, mais au nord du 50ème parallèle Nord (celle à laquelle j'ai participé) ; enfin, une semaine après, la chasse est ouverte dès la sortie du village (en dessous du 50ème).

Samedi 17 septembre, la chasse est ouverte au-delà du 50ème parallèle Nord ! Leur permis en poche, les chasseurs sont prêts pour monter dans le bois. Pendant que Tony finit d’embarquer tout le matériel dans son pick-up et attache son 4 roues (quad) sur la remorque, Janic part faire les dernières courses. Chasseuse elle aussi (plutôt petits gibiers, perdrix, etc.), elle va accompagner Tony, pour le début de la semaine. Pendant ce temps-là, je continuerai les bricolages dans le chalet et j’irai à la chasse jeudi (pour quatre jours). Lors de ces préparatifs, je peux remarquer l’organisation des villageois habitués à séjourner dans le bois : tente prospecteur, poêle à bois, réchaud au gaz, bidons d’essence, etc. Rien n’est oublié. C’est là que je réalise que la vie dans la forêt boréale, c’est leur quotidien, une vie en pleine nature que j’aime tout particulièrement.

Mercredi: Tony et Janic redescendent de la chasse. Malheureusement, ils n’ont pas vu d’orignal, par contre, ils ont repéré quelques traces fraîches. J’ai hâte de découvrir tout cela demain. En attendant, aujourd’hui, c’est un jour particulier pour moi, car je vais accueillir les premiers locataires de notre Chalet des Amis ! Hier, j’ai réceptionné les meubles, le chalet est maintenant fin prêt pour les nouveaux arrivants. J’espère qu’ils apprécieront leur séjour.

Jeudi: Nous préparons nos affaires et le matériel pour monter dans le bois ; je suis toute excitée à l’idée de partir à la chasse. En fin d’après-midi, après avoir nourri les chiens, nous rejoindrons Erick, resté au campement, vers le Km 160 sur le chemin forestier de l’Abitibi. Sur la route, Tony me raconte les anecdotes de la saison passée. Nous arrivons au 50ème parallèle, la chasse est ouverte ! Tony s’arrête pour mettre son fusil à portée de main, au cas où un orignal traverserait le chemin.
La pénombre enveloppe doucement la forêt lorsque nous parvenons au campement. La tente prospecteur est installée à côté d’un bus scolaire jaune transformé en roulotte, et la remorque sert de « cuisine ». Erick revient justement de la chasse, ça me fait plaisir de le retrouver. L’ambiance est toujours aussi joyeuse, les discussions sur l’orignal vont bon train. Je suis heureuse d’être là, perdue dans la forêt, en compagnie de deux sympathiques québécois. Une bonne première soirée pour s’immerger dans cette atmosphère unique.
Le jour se lève à peine lorsque nous nous préparons pour la chasse. Il y a deux moments propices dans la journée pour voir un orignal : en début de matinée et en fin de journée, juste avant la noirceur. Je m’habille chaudement car un petit vent frais souffle déjà. Tony part en pick-up vers la montagne pendant qu’avec Erick, nous irons de l’autre côté, au bord d’un lac, vers un endroit où ils avaient repéré des traces en début de semaine. Le trajet en 4 roues me permet de me réveiller tranquillement tout en admirant les belles couleurs de l’automne. Nous finissons à pied pour éviter que le bruit du moteur n’effraye l’éventuel animal. En chuchotant, Erick commence à m’expliquer les tactiques pour attirer l’orignal. C’est actuellement la période d’accouplement et le jeu consiste à imiter le cri de la femelle en rut : le fameux « call » de l’orignal, fait à l’aide d’un gros sifflet qui demande de la pratique pour sortir le bon son.
Je m’installe sur un rocher offrant une magnifique vue panoramique pendant qu’Erick descend « caller » en contrebas. A part le vent qui me refroidit un peu, je suis bien, respirant à pleins poumons cette nature resplendissante qui se réveille. Erick m’a rejoint maintenant et nous commençons à attendre, scrutant la forêt, espérant qu’une masse sombre apparaisse. Mais rien ne bouge… Environ trois heures plus tard, nous décidons de rentrer au campement pour déjeuner et nous réchauffer avec un bon café. Tony vient d’arriver également, il n’a rien vu non plus.
Cette après-midi, avant de repartir vers nos caches respectives, nous allons faire un tour en pick-up, tous les trois, pour essayer de repérer d’autres traces éventuelles. Vu que la météo n’est pas très clémente, Erick me prête des vêtements et des grosses chaussures pour que je n’aie pas froid. Je ressemble à une vraie chasseuse québécoise ?! Je ne crois pas, mais au moins, j’ai bien chaud. En fin de journée, nous essuyons quelques ondées passagères qui n’atteignent pas ma gaieté de cœur, tellement je suis contente d’être là, baignant dans la nature, appréciant le quotidien, celui que j’espérai vivre. Les nuages jouent avec le soleil qui nous offre des éclairages splendides sur le lac et la forêt environnante. Aujourd’hui, l’orignal ne sera pas venu nous voir, tant pis, nous allons nous consoler avec une bonne bière !
Le lendemain, nous décidons de partir très tôt pour rejoindre nos positions au lever du soleil. Le réveil est un peu difficile, surtout sans un café dans le ventre avant de s’en aller. Mais je ne me plains pas, je souhaitais vivre « à la québécoise » et j’en accepte tous les aspects avec plaisir.
Un court instant, nous espérons que le temps restera beau, malheureusement les nuages, venant de l’ouest, volent bas dans le ciel. Erick continue ma leçon d’apprentie chasseuse. Ce matin, l’orignal ne sera toujours pas au rendez-vous. Retour à la tente pour goûter au bon déjeuner cuisiné par Tony.
Nous nous accordons une petite sieste avant de faire la vaisselle en compagnie d’un porc-épic perché dans une épinette. Puis nous allons en repérage (en pick-up). En fin de journée, nous repartons en 4 roues vers le lac qui nous est familier maintenant. Je scrute la forêt aux jumelles, mais rien ne veut bouger… même pas, au loin, ce tronc d’arbre penché qui pourrait vaguement ressembler à un animal. Dommage, nous nous vengerons sur le porc-épic ! Je plaisante ! C’est un animal protégé au Québec ; de toute façon, il n’est plus là. Bon, ben… une petite bière ?
Une joyeuse soirée en chanson commence. J’adore ces moments de partage avec mes amis québécois. Juste profiter de l’instant présent, rire, jaser ensemble dans la bonne humeur, ça c’est la Vie ! Le ciel s’est dégagé, je sors admirer la voûte céleste. Sans aucune pollution lumineuse, je peux contempler mes constellations préférées.
Vous l’aurez compris, l’orignal n’aura pas voulu montrer le bout de son museau, bien que nous ayons trouvé de nouvelles traces toutes fraîches, le dernier matin. Tant pis… rendez-vous la saison prochaine ! En redescendant vers Girardville, nous nous arrêtons à l’auberge du Lac à la Truite pour… boire une bière bien sûr ! Ça me fait très plaisir de revoir Ticul. Une très bonne fin de journée avec plein de québécois chaleureux ; un vrai bonheur, inoubliable…

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